Menahem ben Solomon Ha-Méiri
En Janvier 2004 la Ville de Perpignan inaugure le "Jardin Menahem ben Solomon Ha-Méiri" avec la pose d'une plaque commémorative, à l'ancien couvent des minimes, où se trouvait de Call, le quartier juif au Moyen-Age.
Ce jardin ce veut le symbole du dialogue entre trois religions du Livre : Judaïsme, Christianisme et Islam.

Grand commentateur du Talmud de Babylone, Menahem ben Solomon Ha-Meiri naquit à Perpignan où, semble-t-il, il vécut toute sa vie. Nous ne connaissons que très peu de détails de sa biographie. Sa famille était originaire de Carcassonne et de Narbonne. Il aurait été orphelin très jeune, et ses enfants auraient été kidnappés…. Il joua un rôle économique et occupa au sein de sa communauté des charges administratives (il fut " secretarius " de l'aljama de Perpignan). Il y dirigea également une yeshiva(école). Mais c'est surtout comme rabbin, théologien, juriste et écrivain que nous arrive son héritage.
- De la formation à l'oeuvre
Son principal maître fut Reuben ben Hayyim. Il connaissait Jonah Gerondi qu'il désigne par l'expression " mon maître ", mais cela ne signifie pas forcément qu'il l'ait étudié, il a pu en lire seulement des écrits. Parmi les grandes autorités de son époque, il noua des relations étroites notamment avec Solomon ben Abraham Adret (Rashba), le grand rabbin de Barcelone. Il échangea avec lui de nombreuses consultations (responsa) et ses enseignements l'aidèrent dans la rédaction du Beit ha Behira, son chef-d'œuvre..
Le Méiri prit part à la polémique ouverte par Adret contre Maïmonide (Rambam) et les études philosophiques. Cependant dans une lettre adressée à Abba Mari ben Moses Joseph, qui…, le rabbin de Perpignan se désolidarisa de l'attitude d'Adret. Il plaida pour la liberté de pensée des savants de chaque pays ainsi que pour leur indépendance à l'égard de toute ingérence des savants d'autres pays.
Le Méiri occupe une position centrale dans le domaine de l'activité talmudique en Provence. Par ce terme il faut entendre : tout le territoire s'étendant des Pyrénées aux Alpes.. Cette activité couvre aussi bien les décisions halakhiques, l'exposé talmudique, l'exégèse biblique, les traditions, que l'éthique et la philosophie.
L'œuvre du Méiri n'a été découverte que très tardivement par rapport aux dates de rédaction de ses ouvrages. Ceux-ci restèrent longtemps à l'état de manuscrits et, du fait de leur exceptionnelle longueur, ne circulèrent pas beaucoup en copie intégrale.
Son premier livre imprimé est un commentaire du Livre des Proverbes. Il fut édité en 1492, à Leiria, au Portugal, par Simon Dortas.
Un petit nombre de ses ouvrages fut publié durant la deuxième moitié du XVIII° siècle, mais ce n'est qu'au cours du XX° siècle que sont sortis des presses la plupart de ses productions. En particulier : son Beit Ha- Behirah (le Temple, ou la Maison d'Election). Vingt-neuf tomes édités à Jérusalem entre 1940 et 1974. La rédaction de cette somme avait occupé le rabbin pendant treize années, de 1287 à 1300. Il y synthétise les questions dont traite le Talmud, en donnant de chacune d'elle, à la fois la signification et la halakhah qui en découle. (L'organisation de ce chef-d'oeuvre suit l'ordre de la Mishnah.)
Outre le Beit ha Behirah, on lui doit : un livre sur le repentir (Hibbur ha-Teshuvah), un commentaire sur le Livres des Proverbes, un autre sur le livre des Psaumes….
[ Les manuscrits du Méiri sont disséminés dans 15 ou 20 bibliothèques différentes ; on en trouve également des copies dans celles de Moscou, Londres, New- York, Parme, etc…]
De fait, le Méiri est un " tout jeune auteur " dont on commence à peine à prendre conscience de l'originalité et de l'ampleur de sa pensée. Cependant son œuvre, imprimée en hébreu, n'a pratiquement pas été traduite dans d'autres langues. Et celui qui veut s'en rapprocher, ne peut le faire qu'à partir de traductions très fragmentaires ou de travaux critiques (articles, conférences et thèses) principalement en anglais et, parfois, en français. - Le Méiri en son temps
Les grands moments historiques qu'il traversa furent la guerre entre le roi de France et le roi d'Aragon, la crise intellectuelle connue sous le nom de deuxième controverse anti-maïmonidienne (1304-1306), ainsi que l'immigration à Perpignan -alors capitale du royaume de Majorque- d'une partie des Juifs expulsés du royaume de France.
Contemporain de Lévi ben Abraham ben Hayym de Villefranche de Conflent, le Méiri a pu voir naître au début du XIVè siècle à Perpignan, Moshé Narboni : deux autres grands noms familiers aux érudits de la pensée d'Averroës (Ibn Rushd). Le Méiri est également contemporain de Ramon Llull et d'Arnau de Vilanova.
Le Méiri fut peut-être le témoin oculaire de la réalisation par Raphael ben Solomon d'une bible en caractères hébraïques qui est, aujourd'hui, l'une des richesses de l'art micro calligraphique de la Grande Bibliothèque de France. Peut-être connut-il, aussi, l'arrivée du Dévot- Christ à Perpignan. - Les travaux sur le Méiri dans le monde.
· Parmi les auteurs qui ont travaillé sur le Meiri,
· Jacob Katz qui a contribué à le faire connaître en tant qu'esprit des lumières,
· Ephraïm Elimilech Urbach qui a fait la critique de l'interprétation progressiste du précédent.
Ces deux auteurs définissent en quelque sorte les deux types d'attitude du XX° siècle face au Méiri. Avec Katz, ceux qui en signalent la nouveauté et l'originalité, avec Urbach ceux qui en minimisent l'importance.
Si, par exemple, des auteurs comme S. Dickman et S. Strelitz se rejoignent pour ne voir dans le rabbin de Perpignan qu'un compilateur et réduisent son œuvre à un " recueil d'opinions ", en revanche un Barukh Z. Benedikt a mis en exergue précisément son originalité de pensée, qui peut se réclamer ou se distinguer ici de Maimonide et là de Rashi.
· Moshé Halbertal qui étudié la tolérance religieuse dans les enseignements du Méiri
· Gérard. J. Blidstein qui s'est attaché à brosser son profil intellectuel
· Lawrence Zalcman qui a travaillé sur l'interprétation que le Meiri fait du concept talmudique de " noserim "
· J. David Bleich. qui a situé la pensée du Méiri par rapport à Maîmonide et aux tossafistes, héritiers de Rashi.
· Lawrence Harvey Schiffman qui a travaillé sur le Maguen Avot (ouvrage dans lequel le Méiri prend la défense des coutumes locales du Languedoc, du Roussillon -et de catalogne),
· Gary Remer qui s'est intéressé à la question de la tolérance chez le Méiri, l'inscrivant dans la lignée philosophique qui va de Maimonide à Spinoza),
· Gregg Stern qui s'est penché sur l'attitude du rabbin de Perpignan lors de la controverse philosophique de 1304-1306
· Avraham Grossmann qui s'est intéressé à l'attitude Méiri à l'égard des femmes (en prenant position, par exemple contre la polygamie).
On ne peut bien sûr manquer de citer :
Shlômo Pick, auteur de la biographie du Méiri (ainsi que de tous les grands savants provençaux du Moyen- Age) pour le Oxford Dictionary of the Jewish Religion….
Nombre de ces travaux ont été publiés durant les dernières décennies du XX° siècle.
La place du Méiri est aujourd'hui acquise.
Au côté des plus grands : des Maimonide, le séfarade et Rashi, l'ashkénaze.
Avec une œuvre qui transporte le nom de Perpignan aux quatre coins du monde. Un esprit du Moyen- Age, ambassadeur éclairé du Perpignan du début du III° millénaire, n'est-ce pas une très belle, et réconfortante histoire ? - Le Méiri à Perpignan en quelques dates.
C'est en 1992, à l'occasion de la commémoration du cinquième centenaire de l'expulsion des Juifs d'Espagne, que le professeur Yom Tov Asis (le grand spécialiste des Juifs du Royaume de Majorque) évoqua, dans une interview accordée à un quotidien local, la grande figure du rabbin Ha- Méiri.
Certes à la fin du XIX et début du XX° siècles l'historien Pierre Vidal et l'historien- biographe Jean Capeille lui avaient consacré de courtes et utiles notices. C'est par ces deux personnalités que l'on sait que le Méiri était appelé, en catalan, Don Vidal Salomon. Il faut y ajouter bien sûr toutes les informations s'y rapportant que l'on trouve dans les écrits de Richard W. Emery, l'historien américain spécialiste des Juifs de Perpignan.
En juin 2000, à l'occasion d'un très important colloque qui se tint à l'ancien couvent des Minimes (Les Juifs dans la Ville. XII/ XX° siècles), le professeur Gérard Nahon, sommité française des sciences religieuses et du judaïsme, lui consacrait une belle communication. A l'origine de la réception française de la pensée du Méiri, on peut citer Charles Touati.
En 2002 Philippe Haddad publia un essai sur " Le Méiri. Le rabbin catalan de la tolérance " (Ed. Mare Nostrum). Cette monographie s'ajoutait aux brillants chapitres que lui avaient déjà consacré Jacob Katz (in "Exclusion et Tolérance") et Gérard Israël (in " La question chrétienne… "
On peut aussi citer un ouvrage de Binyamin Krief, qui fut rabbin de Perpignan au début des années 1990. Intitulé " la Bible au quotidien ", il sous-titré Sihot haméiri en l'honneur du maitre catalan de la torah.
La Ville de Perpignan prenait la décision de dédier au Méiri un espace de mémoire,
A l'ancien couvent des Minimes, où se trouvait le Call, le quartier juif au Moyen-Age. Il s'agit du " Jardin Menahem ben Solomon Ha-Méiri " qui a été inauguré le lundi 12 janvier 2004 avec la pose d'une plaque commémorative (avec des mots en hébreu) et la présentation publiques des actes du colloque de 2000.
Ce jardin se veut le symbole du dialogue entre les trois religions du Livre : Judaïsme, Christianisme et Islam.
En son temps le Méiri n'en fut-il pas le héraut discret mais convaincu ?

